LE CHIOT QUI MORDILLE 
 
1. C’est un jeu ! 

Le mordillement est naturel chez le chiot. Contrairement aux primates, les canidés ne peuvent saisir des objets avec leurs pattes. Ils se servent exclusivement de leur gueule pour attraper un objet. 
Dès  le  début  de  la  période  de  socialisation,  vers  l’âge  de  trois  semaines,  lorsque s’engagent les premiers jeux sociaux, les chiots prennent en gueule tous les objets à leur portée mais aussi leurs congénères pour jouer. Ils se saisissent et se renversent, se coursent  et  s’attrapent  avec  les  dents. Parfois un chiot crie, l’autre lâche et le jeu recommence. Le jeu est essentiel, si ce n’est vital, pour le  développement comportemental du chiot. Il est inscrit dans son répertoire comportement et ne doit pas être empêché. Au cours de cette période de socialisation, c’est par le jeu que les chiots apprennent à s’ajuster et à se côtoyer amicalement. Le rôle de la mère-chien est mal étudié. Les chiots semblent peu stressés lors de ses absences et il n’est pas certain qu’elle leur apprenne « l’inhibition à la morsure ». Aucune étude n’a permis de montrer qu’une fratrie séparée de la mère avant huit semaines présentait plus de risque de mordillement  excessif  qu’une  fratrie  restée  au  contact  de  la  mère  au  delà  de  huit semaines. Par ailleurs une étude a montré que les chiots présentant des mordillements excessifs n’avaient pas plus de chance de devenir des adultes présentant des risques de morsure accrue ou plus grave, que les chiots qui mordillaient moins. 
De nombreuses idées reçues doivent donc être abandonnées. 
Certains chiots dits « extrêmes » mordillent plus que les autres et sont plus actifs. Leur comportement exploratoire est plus intense. Ils présentent un tempérament intrépide. D’autres, au contraire, mordillent peu et se montrent plus calmes, moins intéressés par la prise en gueule d’éléments de l’environnement. Ils présentent un tempérament plus timide  et  réservé.  Dans  une  même  portée,  les  chiots  présentent  des  tempéraments différents.  Il ne s’agit donc pas d’un apprentissage  défaillant  mais  de  structures génétiques différentes. 
Même si le mordillement peut faire mal lorsque le chiot vous saisit la main ou le bras, il n’a aucune finalité agressive. C’est du jeu. Le jeu est par définition, un ensemble de comportements produits lors d’une interaction ludique amicale. Il n’existe alors aucune compétition. Aucun des deux protagonistes ne cherche à dominer l’autre.   

2. Que faut-il faire ? 

Il est faux de croire que l’humain doit alors s’affirmer comme dominant en réprimant ces comportements. Par la punition, l’homme risque  surtout de construire un lien  de mauvaise qualité avec le futur chien. 
Le besoin de mordillement doit être satisfait avec des objets autorisés ne présentant aucun risque, comme un Kong ou une corde solide. Il faut éviter les bouteilles plastiques qui peuvent se briser et dont certains petits morceaux peuvent être avalés.
Il est important de détecter le tempérament du chiot et d’orienter son adoption dans une famille qui saura utiliser positivement ce caractère. Un chiot qui mordille beaucoup sera canalisé dans des activités sportives intensives, avec un maître jeune et actif. Le chiot sera mis en présence de nombreux congénères et soumis à  de nombreuses interactions sociales. L’idéal est de l’occuper avec des gros jouets en caoutchouc remplis de nourriture ou des os à mâcher longuement, et de lui offrir un milieu de vie où l’activité physique ne sera pas trop bridée. Il faudra éviter de le laisser enfermé de nombreuses heures au risque qu’il ravage votre maison. 
En aucun cas il n’est conseillé de réprimer le mordillement par la punition. Celle-ci peut apprendre au chiot à devenir agressif si son tempérament est assertif, ou à s’arrêter de mordiller par peur de la sanction et de se construire uniquement dans la peur. Ne pas accepter les mordillements doit se traduire simplement par le fait de ne pas jouer avec les mains et ne pas stimuler le chiot avec son corps, et parallèlement de le satisfaire avec des objets prévus à cet effet. On peut sans risque le faire jouer à tirailler une corde en tirant chacun de son côté. Dès l’instant que l’activité reste du jeu, il n’existe aucun conflit et aucune chance que le chien devienne plus agressif. 
Apprendre au chiot les interdits passe par des apprentissages par l’extinction (ignorer le mauvais comportement) ou par le renforcement  positif (récompenser le bon comportement). 
Dans tous les cas, le mordillement n’est pas une maladie mais un comportement inné inscrit au patrimoine génétique du chien et appartenant à  son répertoire comportemental, qui nécessite la mise en œuvre d’une éducation rigoureuse. 
Le  chiot  apprend  durant  toute  sa  vie  et  en  toute  circonstance. Les maîtres doivent maintenir des activités éducatives riches au delà de la période de développement.